29 août 2006

Dresser le bilan de la droite

Pour conclure les travaux de l'Université d'été de La Rochelle, notre Premier secrétaire, François HOLLANDE a prononcé un discours offensif et percutant dans lequel il nous appelle notamment à "dresser le bilan de la droite". L'UMP est depuis 5 ans au pouvoir et la présidentielle de 2007 doit être l'occasion d'un débat autour de leur bilan. MM CHIRAC, RAFFARIN, VILLEPIN et SARKOZY vous allez devoir rendre compte de l'état dans lequel vous laissez la France !

Extrait du discours de François HOLLANDE :

"L’élection présidentielle de 2007 doit être un grand rendez-vous démocratique : utile au pays, clair pour les Français, sincère sur les enjeux. Il doit porter sur les propositions, les conceptions de la France. Pas une confrontation d’un parti contre un autre pour occuper les places. Pas celle d’une personne contre une autre pour exercer solitairement le pouvoir. Pas celle d’une confusion. Nous avons tout avantage à la clarté. Nous devons dire dès à présent ce qu’est la droite, et notamment à travers Nicolas Sarkozy, puisque c’est celui qui entend la représenter.

1/ - Nous connaissons ses méthodes
- C’est la division entre les Français, entre les salariés, entre les générations, entre les quartiers et même entre les religions que l’on encourage en tournant le dos aux principes de notre République laïque.
- C’est l’agitation, l’utilisation des peurs, en voulant faire de la sécurité et de l’immigration le seul sujet du débat politique, au risque calculé de mettre une nouvelle fois l’extrême droite au centre du jeu électoral
- C’est la précarité : au nom de la responsabilité individuelle.
- C’est la confusion : la droite, avec Nicolas Sarkozy, sait que sur son terrain –le libéralisme- elle est sûre d’être battue ; alors elle ruse et adopte le discours compassionnel pour s’adresser à toutes les catégories sociales supposées connaître à l’identique les mêmes souffrances. Sa tactique est toujours la même : le discrédit de la politique, l’indifférenciation des projets, la flatterie catégorielle pour servir les mêmes intérêts. Et voilà Nicolas Sarkozy qui redécouvre la misère sociale, la souffrance ; il stigmatise les patrons voyous –il doit les connaître, dénonce la Banque centrale européenne comme un repère de l’orthodoxie monétaire… Nouvelles mystifications pour cacher ses intentions. Nous devons dire ce qu’il veut et qui n’est plus une adaptation de notre modèle social ou une inflexion plus libérale de la politique économique ou un conservatisme frileux sur les choix de société. Non. Ce que veut Sarkozy, c’est une rupture ; pas avec son passé, son compagnonnage avec Jacques Chirac, mais avec notre histoire commune, une conception de la France. C’est une déconstruction de tout ce qui a patiemment été bâti depuis au moins un demi-siècle, au-delà même des alternances.

2/ - Ses propositions :
- démantèlement de la progressivité de l’impôt : baisse de l’impôt sur le revenu, remise en cause de l’impôt sur la fortune et suppression de l’impôt sur les successions payé par 20 % des Français ;
- démantèlement de la protection sociale : instauration de franchise sur les prestations maladie obligeant au recours aux assurances privées;
- démantèlement du contrat de travail : des heures supplémentaires, travailler plus pour ne pas gagner davantage ;
- démantèlement des principes de la République avec la mise en cause de la laïcité, la privatisation des services publics, la marchandisation de la société.

3/ - Son bilan
Nous devons aussi dire que le projet de la droite, de toute la droite, c’est son bilan, et caractériser ce qui a été sa politique depuis 2002.

Elle a dégradé le présent et hypothéqué l’avenir.

La France d’aujourd’hui va mal. Chacun le mesure à l’aune de ce qu’il vit au mieux comme une stagnation, au pire comme un déclassement. Le chômage, dont le gouvernement annonce -depuis plus d’un an- chaque mois la baisse, est au niveau de 2002. Et lorsque l’on sait que sa diminution est due essentiellement à la démographie, aux radiations et aux emplois aidés, qui peut prétendre que la France va mieux ! On nous parle de créations d’emplois, mais leur nombre en 5 ans de gouvernement de droite aura été équivalent à ce que nous avions fait en un an sous le gouvernement de Lionel Jospin. Et encore, elles ont été produites par un développement considérable de la précarité sous toutes ses formes : intérim, CDD (7 % des embauches se font sous cette forme) et CNE, dont je redis ici que nous déciderons l’abrogation.
Le pouvoir d’achat des salariés est resté au mieux stable -quand il n’a pas régressé sous la pression de la hausse du prix des carburants ; la progression des loyers ; l’alourdissement des prélèvements. Les écarts salariaux se sont élargis. Et, aujourd’hui, la moitié des salariés sont payés entre 1 et 1,5 SMIC, contre 40 % il y a quelques années. Et les inégalités de revenus et patrimoines se sont creusées. Avec des rémunérations scandaleuses pour les dirigeants d’entreprises, les mêmes qui demandant cyniquement à leurs salariés des sacrifices et des efforts pour être compétitifs pour s’adapter à la mondialisation. Jamais le cynisme n’aura autant rimé avec capitalisme !

Et aujourd’hui que la croissance revient, même timidement, et que s’exprime la revendication légitime de la redistribution des gains, on ne convie personne à la table de la répartition… même pour partager les miettes du festin ! Et le gouvernement multiplie les annonces et les mesurettes (chèque transport, allocation de rentrée pour les étudiants, PPE…) qui sont au pouvoir d’achat ce que les apéricubes sont à la gastronomie.

C’est pourquoi j’ai fait, au nom du Parti socialiste, la proposition d’une conférence sur le pouvoir d’achat où les négociations salariales seront relancées dans les branches professionnelles, là où les minima salariaux sont encore en dessous du SMIC et où les mesures fiscales appropriées seraient discutées pour amortir le choc énergétique sur le budget des ménages. Et d’ailleurs, plutôt que d’inventer des dispositifs compliqués, mieux vaut que l’Etat réintroduise la TIPP flottante, comme on lui en fait la demande depuis deux ans.

Mais, la politique de la droite n’est pas simplement injuste et inefficace. Elle est dure. Pour les jeunes (CPE, banlieues) ; pour les salariés, dont beaucoup deviennent des travailleurs pauvres ; pour les fonctionnaires ; pour les retraités et pour les plus fragiles, je pense notamment aux exclus, aux mal logés et aux immigrés. C’est la situation des enfants étrangers scolarisés et qui sont menacés d’expulsion depuis 2002 alors que, pour beaucoup, ils sont intégrés ; ils vont connaître l’arbitraire. Car, Nicolas Sarkozy a déjà annoncé le nombre de régularisés avant même de connaître le nombre de dossiers déposés. Et c’est lui qui est confronté à une régularisation massive, alors qu’un traitement continu des situations, sur la base de critères simples et transparents, aurait permis de régler dans la sérénité une grande part des difficultés. Mais, c’est aussi le drame de Cachan où la première des exigences c’est le relogement de tous ceux qui ont été chassés dans les conditions que l’on sait.

Le bilan de la droite n’est pas seulement une détérioration des conditions de vie d’aujourd’hui, c’est aussi un héritage qui pèse lourdement sur les générations futures :
- La compétitivité des entreprises s’est détériorée : le déficit de notre commerce extérieur a atteint un niveau historique (25 milliards d’euros). La France, à d’autres époques, n’y aurait pas résisté. Si nous étions encore au franc, quel en serait son niveau aujourd’hui ? Au même niveau que la côte de popularité de Dominique De Villepin !
- La Recherche et les universités françaises ont perdu du terrain dans les classements internationaux ;
- Les infrastructures publiques ont pris du retard avec le désengagement de l’Etat des contrats de plan avec les régions ;
- Les déficits de la Sécurité Sociale se sont creusés au point d’être, aujourd’hui, sous perfusion bancaire : les régimes de retraite –malgré la réforme injuste du gouvernement Raffarin- sont dans le rouge (4 milliards d’euros fin 2007) ; l’assurance maladie est structurellement déséquilibré (plus de 6 milliards d’euros), malgré les déremboursements et les prélèvements, aucune contrepartie n’ayant été fixée aux augmentations d’honoraires des profession de santé ;
- L’endettement public s’est creusé de 120 milliards en 5 ans (10 % de la richesse nationale). Et, ce sont les générations futures qui devront payer les cadeaux fiscaux de la droite depuis 2002 et son incapacité à maîtriser les finances publiques. Et ce n’est pas l’artifice dans la gestion de la trésorerie de l’Etat ou les privatisations qui pourra créer l’illusion. La France restera pour longtemps entravée et il nous reviendra de retrouver des marges de manœuvre. Car, il s’agit aussi de l’indépendance de la France.
- Et, puisque j’évoque notre indépendance, c’est aussi celle de notre politique énergétique. Elle est aujourd’hui menacée par le projet de privatisation de G.D.F, à travers la fusion avec SUEZ. Ce projet est aussi inutile que dangereux. Il ne protègera pas SUEZ, même ainsi renforcé, d’une OPA hostile. Il obligera à des cessions d’actifs en France et en Belgique. Il pèsera sur la consommation des ménages avec l’abandon de toute politique tarifaire, même si le gouvernement nous dit qu’il écarte toute nouvelle hausse d’ici juillet 2007. Juillet 2007 ! C’est déjà un aveu. Je confirme devant vous que le Parti socialiste, à travers ses groupes parlementaires, s’opposera autant qu’il le pourra à ce texte. Nous ne sommes pas dans une bataille de procédure, mais dans une confrontation politique qui doit faire reculer le gouvernement qui n’a plus la légitimité pour décider d’un choix majeur, et pour l’essentiel irréversible. Et nous ferons la proposition alternative d’un pôle public de l’énergie regroupant EDF et GDF.

Mais, l’échec de la droite n’est pas seulement économique, social. Il est aussi moral. Sa pratique est celle de l’irresponsabilité. Jacques Chirac en a fait sa règle de vie politique, jusqu’à ne pas tenir sa promesse d’un statut pénal pour le Chef de l’Etat. Le Premier ministre se paie de mots. Et le verbalisme est devenu la doctrine officielle. Il évoque le patriotisme économique dans l’OPA de Mital sur Arcelor pour, finalement, laisser faire la fusion qui aboutit à écarter les dirigeants français de la gestion du groupe. Il parle de la grandeur de la France et ne renonce pas aux petitesses, y compris pour déstabiliser ses propres amis. Bref, il parle, parle et tellement, qu’il lui arrive de déraper.

Quant à Nicolas Sarkozy, il veut tout, prend tout, décide de tout et va même, quand les vents sont mauvais à tourner avec veux. Rappelez-vous le CPE et aujourd’hui son revirement sur GDF. Il avait dit que jamais la participation de l’Etat ne descendra en dessous de 70 % ; et, comme il revenait de Chine, il avait même dit que cet engagement était aussi haut que la muraille de Chine… Il faut prévenir de suite les dirigeants chinois ! Comme il prend tout et décide de tout, il sera donc responsable de tout. Il n’a pas été un témoin, mais un acteur : il a même exercé, dans ce quinquennat, le premier rôle. Donc, le bilan de la droite c’est son projet."

Posté par psales à 23:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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